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Rentrée universitaire «Chevalier blanc», «Zorro» ou «Lucky Luke» : les surnoms n’ont pas manqué pour qualifier Claude Frémont, directeur de la caisse primaire d’assurance maladie de Nantes. Il quitte la Sécu en jetant un ultime pavé dans la mare.Son cheval de bataille ? La lutte contre les fraudes à la Sécurité sociale. Les psychiatres qui consultent 365 jours par an ; les pharmaciens qui fabriquent de fausses vignettes ; les centres de thalasso qui font rembourser les visites médicales, etc.Claude Frémont a traqué petits et grands arnaqueurs avec, pour seul objectif, la défense de ce qui fut l’une des plus belles conquêtes de la Libération : le système français de protection sociale.Mais pourquoi celui qui a consacré trente ans de sa vie à la Sécu abandonne-t-il le combat ? L’esprit n’y est plus. Il en a assez des réformes inutiles, des solutions à l’emporte-pièce, du double discours. Assez des démagogues qui font croire que leur réforme bouchera enfin le trou de la Sécu.L’urgence est à l’action. Claude Frémont en est convaincu : on ne changera rien si on ne change pas tout. Il faut donc de vraies réformes pour sauver la Sécu, «croyons à l’impossible et rêvons un instant»…Un livre informé et percutant à l’image d’un homme de terrain qui ne mâche pas ses mots.Claude Frémont, d’abord professeur d’anglais, a débuté sa carrière à la Sécurité sociale en 1975 avant de devenir directeur de la CPAM de Nantes en 1989.Extrait du livre :Jusque-là, tout va bien… Des débuts prometteursOui, jusque-là, tout allait bien. Beaucoup de chance et un peu de travail, ou peut-être l’inverse, m’avaient conduit là où j’étais. Pas de quoi se vanter, mais de quoi être fier ou, en tout cas, heureux. Quand on part de rien, on est toujours content d’arriver quelque part. N’étant pas sorti de la cuisse de Jupiter, je ne visais pas l’Olympe.Fils de la République, enfant de boulangers, je réalise d’abord le rêve de mon père, resté auprès du sien pour labourer ses champs. À 18 ans, je deviens donc instituteur, c’était cela le rêve. Instituteur de campagne, comme on disait alors. En ce temps-là, le bac servait à quelque chose et le chômage n’existait pas. Mais il y avait déjà des ascenseurs et l’ascenseur social me permit de monter. Inscription à la fac, en cours du soir, licence es lettres, maîtrise d’anglais. J’aurais aimé être avocat ou journaliste, je deviens professeur, dans un lycée huppé de Nantes. Je croise encore beaucoup de mes anciens élèves. Avocats, notaires, chefs d’entreprise. Huissiers de justice, experts-comptables ou commissaires-priseurs. Et même médecins ou chirurgiens-dentistes, pour les meilleurs d’entre eux. C’est vous dire le niveau.Là, j’ai connu mai 1968. J’y ai participé, à la tête d’un mouvement au slogan assassin : «Mort à l’école !» Contre la morale de l’école, véhicule de l’idéologie dominante de la bourgeoisie réactionnaire et des classes possédantes. La lutte des classes, quoi. Pour un professeur, ça faisait bien ! J’étais déjà bizarre.La passion de l’enseignement me passe. Je pars sur un coup de tête. Démission à la fin de l’année scolaire 1973. J’avais tout juste 30 ans. Je vends ma 504 et j’achète un vélo, pour aller à la fac. Inscription au concours d’entrée du Centre national d’études supérieures de Sécurité sociale (CNESSS). Eh oui, même à la Sécu les études peuvent être supérieures… Pas vraiment le coup de foudre, mais des études payées pour les quarante reçus, sur les mille candidats. Coup de bol, je réussis. Une époque où même les littéraires avaient encore une chance… Dix-huit mois d’études, une seconde jeunesse à Paris, une première pour moi. Et la chance, comme toujours, sourit à la canaille : un poste de chef de service à la CPAM de… Nantes. Puis chef de division, sous-directeur, directeur adjoint. Jusqu’à la «consécration» : directeur général, en janvier 1989. J’avais 46 ans, j’étais plein d’illusions. J’aurai donc fait plus de trente ans dans la même caisse, pour le meilleur et pour le pire. C’est un parcours désormais interdit, au nom de la «mobilité», un concept imbécile.
Claude FrémontEconomie
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