Concurence: pourquoi l’État doit être plus interventionniste

En économie, le monopole est souvent considéré comme néfaste. Une entreprise dans une telle position cesserait en effet d’innover et ses prix augmenteraient, arguent les spécialistes. Pour notre contributeur Martin Didier, la concurrence, idéologiquement diamétralement opposée au monopole, ne repose sur aucune base solide et aurait davantage d’inconévients que ce dernier. Il prône à la place une politique économique interventionniste et en fonction du contexte.
Depuis de nombreuses années, on voue un culte religieux à la concurrence, en la considérant à la fois comme inévitable et comme le meilleur moteur de l’économie. Et ce, malgré des exceptions colossales.
Pendant les trentes ans qui ont suivi la Libération, l’économie française, sans ordinateurs, ni robots, était fortement étatisée et les secteurs confiés à l’Etat fonctionnaient le plus souvent en monopole. De plus, comme si cela ne suffisait pas, pendant la moitié de cette période, la Quatrième République a été la championne des changements de gouvernements à répétition : 25 en 14 ans ! En bonne logique libérale le résultat de cette politique doublement mauvaise aurait dû être une catastrophe de grande échelle. La France aurait être dû devenir un pays pauvre, de loin le plus pauvre d’Europe. Et les généreux pays d’économie libérale, pris de pitié devant notre détresse, nous auraient parachuté généreusement du riz, des couvertures et des médicaments comme il sied à tout pays sous-développé.
Allez savoir pourquoi, c’est exactement le contraire qui s’est produit : les Trente Glorieuses tout simplement !

La doctrine économique importe peu, contrairement au contexte

Les ayatollahs de l’économie privée nous expliquent que précisément c’est parce que c’étaient les Trente Glorieuses que cette très mauvaise politique économique a quand même donné un excellent résultat. Comme quoi, ce qui ferait une bonne économie ce serait essentiellement la période historique concernée et accessoirement la doctrine appliquée. Mais alors, si la doctrine appliquée n’a que peu à voir avec le résultat obtenu, en attendant le retour d’une nouvelle ère d’Années Glorieuses (cela fait près de 40 ans qu’on attend !) pourquoi ne pas appliquer temporairement un brave retour à l’économie encadrée ?

Le sport a échappé à la concurrence et se porte très bien

Autre exception colossale : le business sportif des pays d’Europe de l’Est communiste, surtout l’URSS et l’Allemagne de l’Est.
Il paraît que l’État n’est pas fait pour faire des affaires. Or, le sport est devenu, c’est le moins qu’on puisse dire, un business à part entière. Et force est de constater que, pendant 40 ans ce business d’État et exclusivement d’État sans l’ombre de concurrence, a été très performant, que ce soit pour la fourniture de produits de haute qualité sur le marché des champions de haut niveau, ou en bas de l’échelle pour le sport populaire.

La concurrence unifie les produits

Dans le même temps chacun est amené à constater au quotidien un phénomène en contradiction avec le rôle théorique de la concurrence, à savoir la sélection Darwinienne des produits et par contrecoup mécanique celle des entreprises : les produits se ressemblent de plus en plus. Les entreprises ont de plus en plus tendance à résoudre les mêmes problèmes en adoptant les mêmes solutions en aboutissant aux mêmes résultats. On ne reconnaît plus du tout une voiture Fiat, d’une Renault, d’une Nissan, d’une Opel etc, alors que jusqu’aux années 60, non seulement les marques avaient leurs originalités propres mais on reconnaissait même une voiture typiquement française, d’une voiture typiquement allemande, anglaise ou italienne.
Même chose en aviation : de nos jours il faut être quasi expert en aéronautique pour distinguer un Airbus européen moderne d’un Embraer brésilien, d’un Sukoï russe ou d’un Boeing américain.

La politique seule motive la mise en place de la concurrence

Tout se passe comme si la concurrence était devenue un simple alibi intellectuel, la justification économique du libéralisme, sans grand rapport avec la réalité ressentie chez le client. Une concurrence techniquement inutile mais politiquement indispensable.
Mais alors, si c’est le cas, ne pourrait-on envisager temporairement, sinon un État producteur, du moins un État intervenant ?
Il y a deux solutions efficaces en économie : le monopole ou la concurrence utile. Pas la concurrence inutile !